90 milles d’ébats d’amour

Serait-elle ma voix qui t’a pris par surprise la première fois ? Des paroles distantes, manquantes de sentiments. Aurait-elle été peut-être mon âme ? 

Comme un fil trop délicat, mes paroles sont devenues rassurantes, cordiales, pleines d’esprit et mises en place. Un rêve d’amour, au-delà de nos inexistantes mémoires, des rêveries de mots scintillantes.

Raconte-moi maintenant tout ce dont tu te souviens. Tout ce qui n’est jamais arrivé : cette première rencontre chez toi, passée si rapidement qu’un coup de foudre, qu’un éclair, qu’un éclat. Dis-moi mon cher, dis-moi mon âme. Tes mains sur mes seins ; ma voix qui chuchote à l’oreille ; ton corps comme un ciel lourd sur le mien. Mon corps impatient, résistant l’élan du désir de t’aimer sur le sable.

Sous ce ciel d’été soleillé à peine, j’ai du mal à sortir de moi-même, sans tomber sur l’émoi vide des coeurs qui traversent ma vie désireuse, sans laisser trace de paix ou guerres. À contrecoeur, à la recherche du temps perdu, sans s’y retrouver quand même.

Sur cette plage vide d’étoiles, 90 milles de mémoires, de remords bouleversants, entre cap Rienga et la baie d’Ahipara, j’empatte mon siège spirituel, à travers duquel mon âme part pour retourner à sa terre d’origine universelle. Mon âme maorie d’adoption, la tienne.

J’imagine ton corps m’approchant comme une claire de lune noire. Un instant de joie nue dans cette vie tourmentée, cette vie inconnue, ce malentendu d’ébats d’amour qui se débat pour s’en libérer à peine. 

Tes doigts caressant mon cou, mes épaules, ma poitrine, mes hanches. Tes mains découvrant ma pelle, tout en-haut, tout en bas. Je fremis. Tu m’embrasses. Je m’évanouis. Tu me serres dans tes bras.

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